Mon troisième accouchement : “Comme une lettre à la poste”

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Souvenez-vous, mon troisième accouchement a commencé par un effet théâtral : la perte des eaux sur une grande rue de ma ville en pleine heure de pointe ! Si vous n’avez pas lu ce récit, la séance de rattrapage est ici !

Mon troisième accouchement "comme une lettre à la poste"

L’arrivée à la maternité

Mon mari et moi arrivons donc à la maternité peu avant 17 h en ce 17 juillet. Il me dépose devant la porte des urgences et va garer la voiture. Je me présente à l’accueil, la robe complètement trempée et dit :

“Bonjour, je viens de perdre les eaux… Enfin… je pense que ça se voit à ma robe !”

Les trois personnes présentent dans le bureau rient avec moi. Elles me posent les questions habituelles : date du terme (avant-hier !), heure de la perte des eaux, fréquence des contractions (toutes les 5 minutes, et de plus en plus intense à chaque fois). Brusquement, je m’interromps :

“Ça va se remettre à couler, là. Je vais vous inonder le bureau !”

L’aide soignante présente va prendre des draps. Elle en recouvre le sol que j’ai aspergé, et m’en donne à mettre entre les jambes puis me dit :

“On va monter en salle et on continuera le questionnaire là-haut ça sera plus confortable.”

Pas de salle d’accouchement disponible !

Lorsque nous arrivons à l’étage, il n’y a pas de salle d’accouchement disponible. On m’installe donc dans une salle de “pré-travail”, branchée au monitoring. Mon mari me rejoint vite. Puis la sage-femme qui s’occupera de moi entre en riant :

“Bonjour ! Alors dans votre cas, pas besoin d’examen, c’est une perte des eaux franche ! Vous avez inondé l’accueil !”

Les contractions deviennent douloureuses, mais au moins la sage-femme me fait rire. Elle m’examine tout de même. Vue l’intensité des contractions, j’espère un début de dilatation…

2,5… ça n’a pas bougé depuis le rendez-vous de dépassement de terme du début d’après midi… Mais la sage-femme a bon espoir : “C’est un troisième accouchement, on se méfie des troisièmes, ils vont souvent beaucoup plus vite que les autres !”

La douleur monte

Nous restons là, en salle de prétravail à attendre qu’une salle d’accouchement se libère. Les contractions sont toujours aussi régulières et rapprochées, mais elles sont aussi et surtout de plus en plus douloureuse. Chaque contraction est plus douloureuse que la précédente, et entre 2 contractions, j’ai toujours mal, comme si la contraction ne faisait que diminuer mais ne s’interrompait pas réellement. Je regarde le tracé sur le monitoring et effectivement. Les pics de douleurs ne sont plus marqués car ils dépassent du graph’, et les intervalles entre deux contractions ne baissent pas beaucoup.

Je commence à râler… à jurer… à crier même. J’ai vraiment très mal. La sage-femme arrive et voit que je pousse à chaque contraction. Elle me dit qu’il faut que je m’en empêche, sous peine de “tout arracher”. Je dois alors mobiliser tous mes efforts pour ne pas pousser, ce qui rend le ressenti de la douleur plus fort encore…

Je n’aurais pas la péridurale tant que je ne serai pas en salle d’accouchement, alors je demande quand on me déplacera. Une salle vient de se libérer, mais il faut la nettoyer. On me dit qu’on va faire vite. On m’apporte un masque pour m’aider à gérer la douleur. On revient toutes les 2 minutes… ou toutes les 5 ou 10… en fait je n’en sais plus rien, je n’ai plus de notion de temps… j’ai mal. J’ai très mal… Je hurle à chaque contraction.

Puis on vient me chercher.

“Faites le pour votre bébé !”

Pour me déplacer on me demande de me lever du lit pour me mettre sur un fauteuil roulant. On me dit : “Aller, à 3 vous vous levez ! 1… 2… 3 !”

Je ne me lève pas.

“Je ne peux pas. J’ai trop mal.” Les contractions me paralysent. C’est alors qu’une aide soignante prononce la phrase odieuse que je ne voulais pas entendre.

“Faites le, c’est pour votre bébé!”

Dans ma tête je lui dis qu’elle n’est même pas capable de savoir tout ce que je ferais pour mon bébé, et qu’elle n’a pas le droit de douter de mes possibilité. J’ai envie de lui hurler dessus que je ne suis pas conne, je ne m’imagine pas partir en disant : “Oh bah non finalement accoucher ça fait trop mal, j’ai changé d’avis, j’arrête là !”

A la place je dis : “Je vais le faire quand je serai prête.”

Je laisse passer la prochaine contraction, puis je préviens : “ça redescend.”… “Allons-y.”. Dans un effort surhumain, je me lève et retombe sur le fauteuil. Arrivée en salle d’accouchement, il me faut encore faire cet effort pour m’installer. Pourtant plusieurs personnes me soutiennent…

La péridurale

Quand j’arrive en salle d’accouchement, l’anesthésiste est déjà là. Ma sage-femme a compris que la douleur était bien trop intense et que je ne tiendrais pas beaucoup plus longtemps. Ou alors elle en avait ras le bol de m’entendre hurler… Je la comprends.

On me demande de rester assise, de faire le dos rond… toute la manœuvre habituelle pour poser une péridurale. Mais la douleur me paralyse. Je ne ressens plus du tout mon corps de la même manière et je ne contrôle pas mes mouvements. Je suis incapable de dire si je bouge ou pas. Pendant une contraction on me demande de refaire le dos rond. Je n’ai pas senti que j’avais bougé, je ne contrôle plus mon corps et je ne saurais plus comment me remettre dans la bonne position. Je dis alors : “bougez-moi dans la position que vous voulez”. Je les laisse faire.

Finalement l’aiguille est placé, on me rallonge et rapidement je sens le produit froid me couler dans le dos. Il faut pourtant plusieurs contractions pour que je commence à sentir l’effet de la péridurale.

Quand le produit fait effet, je m’apaise et me repose un peu. Mon mari fait les listes des prénoms sur internet “au cas où on trouverait mieux”…

La sage-femme vient me voir avec Marion, la sage-femme de nuit. Il est 19h et c’est le changement d’équipe.

On se méfie des troisièmes accouchements

Marion, la sage-femme de nuit revient et m’examine. Il est 19h45 et à 17h30 j’étais à 2,5. Vu mon historique, je n’ai pas grand espoir. Marion me regarde l’air étonnée et me dit :”Devinez à combien vous êtes !”

“Je n’en ai aucune idée…” épuisée, je n’ai pas envie de jouer aux devinettes. Je n’ai pas non plus envie d’être déçue après toute cette douleur…

“Vous êtes presqu’à 8 !!!”

Je ne suis pas déçue. Mais j’ai du mal à comprendre. J’ai du mal à y croire même ! En deux heures, je suis passée de 2 à 8 !!!

Je commence à m’apaiser car je réalise que ce bébé viendra beaucoup plus vite que ce que j’imaginais.

Au travail !

A 21h, Marion revient me réexamine : je suis à 10. Mais comme bébé va bien et que rien ne presse, on décide de la laisser descendre seule.

A 22h, Marion revient. Le rythme du bébé commence à changer. Elle montre quelques signes de fatigue alors on va se mettre en place. La bonne nouvelle c’est qu’elle a déjà fait une bonne partie du travail.

22h10, je commence à pousser. Forte de mon précédent accouchement, je sais que la poussée peut durer longtemps alors je donne tout. Mais surtout je me fais aider de mon mari qui a pour but de me maintenir les jambes et la tête.

Marion me demande de pousser exactement là où elle pose ses doigts… Mais je ne sens pas ses doigts. C’est la première fois qu’une péridurale m’empêche de sentir quoi que ce soit. J’ai même du mal à vraiment sentir les contractions venir.

Qu’importe, je me referme sur moi-même, je me concentre et je pousse. J’entends : “C’est parfait ce que vous faites !” alors je continue.

Comme une lettre à la poste

22h16 : “Poussez, poussez… arrêtez tout”. Je sens Marion sortir Bébé Gaufrette. Je la sens faire quelques manipulation que je ne vois pas. Bébé Gaufrette avait le cordon autour du coup et c’est ce que Marion manipulait. Et enfin, elle la pose sur moi.

6 minutes. J’ai poussé pendant 6 minutes ! Et j’ai compris l’expression “comme une lettre à la poste !”

Mon bébé est le plus beau des bébés, avec son frère et sa sœur à qui elle ressemble beaucoup. J’ai encore du mal à croire qu’un accouchement puisse se passer si bien et si rapidement. Mais je suis heureuse.

Bébé Gaufrette, 17 juillet 2020, 22h16, 3,5kg, 10 doigts, 10 orteils et un regard qui nous fait fondre d’amour !

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